La précarité n’est pas un métier !

La précarité est devenue une réalité vécue et partagée par beaucoup trop d’entre nous. Combien de jeunes se retrouvent aujourd’hui sans travail et sans revenu ? Combien se retrouvent à devoir travailler pour payer leur étude, à jongler avec le travail intérimaire, ultraflexible et corvéable à merci ? Nous vivons au quotidien cette précarité. En tant que jeunes travailleur·euse·s nous avons de moins en moins de droits mais nous savons aussi que la précarité est un mode de gestion dans ce système capitaliste. Un mode de gestion qui permet de nous maintenir dans l’incertitude permanente, qui limite nos capacités d’actions collectives et qui pousse vers le bas les conditions de travail de l’ensemble des travailleur.euse.s. Nous devons reprendre la lutte et nous solidariser pour mettre fin à cette précarité qui nous afflige.

Comment en sommes-nous arrivées là ?

Au 19e siècle, la dépossession des possibilités d’existence, le chômage endémique, le travail à la tâche et le manque d’hygiène avaient mis les travailleur·euse·s dans un tel état de précarité et de pauvreté que leurs organisations syndicales avaient dû inventer des caisses de secours mutuels, de chômage et de maladie pour qu’elles et ils puissent survivre. L’objectif de ces caisses de solidarité était d’assurer un revenu de remplacement à l’ensemble des travailleur·euse·s sans emploi, malades ou trop vieux et aussi de garantir un niveau de salaire digne face à la cupidité des patrons.
Des luttes de plus en plus dures ont réussi à imposer aux patrons et à l’État des revendications pour une sécurité d’existence. Après la Deuxième Guerre mondiale, la sécurité sociale est devenue un système de protection universel. Il y a 7 piliers à notre sécurité sociale : les soins de santé, les pensions, le chômage, les prestations familiales, les maladies professionnelles, les accidents du travail, les congés payés. Historiquement, tous les travailleurs avaient accès à ces droits, mais aujourd’hui, ce n’est plus que théorique. Ces droits sociaux qui étaient considérés comme universels sont de plus en plus conditionnés et les jeunes et les femmes, en sont souvent exclus.
Depuis les années 90, le droit aux allocations de chômage pour les jeunes a été raboté. Malgré une hausse extraordinaire du chômage, toutes les réformes du droit à l’allocation de chômage sont allées dans ce sens. Les sanctions se sont accrues et il est devenu compliqué d’ouvrir ses droits. Le chômage qui était une assurance contre la perte ou l’absence de travail, un droit acquis sur base des cotisations ou sur base des études, est devenu une machine à exclure tant et si bien que de nombreux jeunes renoncent à leur allocation d’insertion, dégoûtés du contrôle et du jugement. Dégoûtés aussi de devoir mentir pour entrer dans les cases irréalistes du contrôle.
Le mode de gestion par la précarité attaque frontalement notre système de solidarité. Nous sommes passés d’une sécurité sociale universelle à une sécurité sociale conditionnelle.

Pourquoi la solidarité est-elle attaquée ?

Ces dernières années, les différents gouvernements, et particulièrement celui Michel-De Wever, ont été très durs avec les travailleur·euse·s. Les attaques contre la sécurité sociale leur permettent de déréguler le marché du travail. Face au chômage de masse, Charles Michel dit « Jobs, jobs, jobs », mais il pense «  Flexibilité, flexibilité, flexibilité ». La majorité des mesures qui sont prises n’ont qu’un objectif : réduire nos droits (horaire, salaire, sécurité sociale, représentation syndicale). Les partis au pouvoir et les organisations patronales veulent diviser et affaiblir encore plus le statut de salarié en créant une multitude de nouveaux statuts et d’exceptions à la règle de solidarité. Le recours généralisé à l’intérim dans tous les secteurs, l’augmentation de la durée de travail (via la loi Peeters et la réforme des pensions), les flexijobs, les temps partiels subis… sont autant de mesures qui nous précarisent.
Et ils ne comptent pas s’arrêter là. Ils ont encore une foule de projets. En offrant une fiscalité avantageuse pour le travail « ubérisé » – qui n’est rien d’autre que le travail à la tâche du 19e siècle avec la technologie d’aujourd’hui – ils détruisent le statut de salarié pour un grand nombre de jeunes travailleur·euse·s. Le gouvernement stimule aussi la création de nouveau statut comme dans l’Horeca et le non marchand avec le projet de travail occasionnel sans cotisation sociale (mais aussi sans droit sociaux, chômage, pension…) qui pourront concurrencer les salarié·es dans le secteur du non-marchand. Nous devons nous organiser si nous voulons encore garantir un niveau de salaire digne pour les travailleur·euse·s face à la cupidité des patrons.

PRECAR_BANNER

Nos revendications

  • L’organisation sociale de la production (autogestion ou contrôle ouvrier des entreprises) ;
  • La répartition des richesses produite via la fiscalité et le salaire ;
  • La réduction collective du temps de travail ;
  • Un investissement public dans les nouvelles formes de coopération dans le travail ;
  • Une sécurité sociale forte et réellement universelle ;
  • Une hausse des allocations sociales ( 40 % des allocataires risquent la pauvreté) .
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serge
serge

il faut dire que le développement important d’emplois « uberisés » implique des risques spécifiques pour ces travailleurs : les conditions de travail indépendant très modulables (horaire, emploi du temps, lieu…) rémunéré à la tâche présentent certains avantages mais aussi beaucoup d’inconvénients pour la santé et la sécurité du travail avec de la précarité, et peu de prévention des risques professionnels et de protection sociale : voir « La prévention des risques professionnels liés aux plateformes de services » : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=574