Du temps libre à prix d’or !

Le temps libre n’est pas seulement ce temps libéré de la contrainte du travail salarié, du flicage de l’ONEM, du CPAS et des obligations scolaires, il est aussi ce moment où nous pouvons prendre le temps, où nous nous montrons disponibles à nous-même, aux autres et à la nature. Face à une société où l’injonction à la compétition, à la rentabilité et à la disponibilité est de plus en plus présente, le temps libre est non seulement de moins en moins accessible et marchandisé mais en plus nous culpabilisons lorsque nous nous rendons disponibles pour autres choses. Il est temps de le reprendre en main !

Le temps libre est de moins en moins accessible à tous·tes.

Avoir du temps libre semble de plus en plus compliqué. Entre les travailleur·euse·s flexibles qui sont contactées la veille par leurs employeurs, les étudiant·e·s qui doivent travailler pour payer leur kot et financer leurs études et les chômeur·euse·s qui doivent en permanence chercher du travail et suivre des formations pour des emplois en pénurie qui seront bouchés demain ; nous constatons que le temps libre ne profite pas aux plus précaires.

Le temps libre est une conquête – menacée !

Le temps libre est une longue conquête qui fut obtenue par des luttes sociales contre des patrons avares et cupides. Avec leurs organisations syndicales et politiques, les travailleur·euse·s ont obtenu la journée des huit heures (huit heures de travail, huit heures de temps libre et huit heures de sommeil) ainsi que des congés où pour la première fois nous étions payés pour nous reposer.

Aujourd’hui, cette répartition du temps au cours de la journée est à nouveau menacée par les organisations patronales : par les journées de travail plus longues (jusqu’à 12h par jour), par la flexibilité imposée qui empêche les travailleur·euse·s de planifier leur temps libre à l’avance, ou encore par le travail supplémentaire après-journée causé par des salaires trop bas et ne permettant de payer ni les frais scolaires ni le prêt d’une maison. Nous sommes obligées de sacrifier notre bien-être. Les périodes de vacances sont aussi menacées par cette économie de l’attention et de la sollicitation permanente portée d’une part par l’utilisation des outils technologiques mis entre nos mains (smartphone, connexion 4G, laptops…) et d’autre part, par l’effacement des frontières entre la vie personnelle et professionnelle. Le travail et le management vicelard surgissent à tout moment.

Le temps libre est aussi menacé par sa marchandisation.

Pour celles et ceux qui peuvent encore se permettre de prendre du temps libre, celui-ci est menacé par sa marchandisation. La plupart des activités proposées aujourd’hui sont commercialisées. Ce qui était gratuit dans le passé est devenu aujourd’hui payant. Par manque d’infrastructures dédiées aux temps libres, la jeunesse des quartiers les plus défavorisés se retrouve abandonnée à elle-même. Les structures propres aux jeunes sont de plus en plus désinvesties par les pouvoirs publics et laissées au marché.

La marchandisation du temps libre a des conséquences néfastes pour les individus et la communauté. Ce temps de récupération pour le corps et de respiration pour l’esprit est donc menacé chez les précaires avec des conséquences inéluctables pour leur santé (stress, burn out, dépression…) et leur sociabilité (isolement, perte de confiance…). Ce temps libre est important, car il nous permet de nous réunir. Il favorise la vie en communauté, l’inclusion et les rencontres interculturelles et intergénérationnelles. Il est important parce qu’il libère nos esprits des pressions inhérentes au travail.

Nous avons besoin de temps pour être libres de nous rassembler, libres de souscrire à un ou plusieurs loisirs, occupations, divertissements… libre de s’organiser avec d’autres personnes, libres d’agir et de penser. Pour cela, il faut du temps… et de l’argent, ce dont nous manquons, car nous sommes de plus en plus asservies, tant par le marché du travail que par la marchandisation croissante de l’accès aux loisirs. Nous espérons un jour pouvoir enfin jouir de cette « liberté ».

Nos revendications

  • Lutter contre la marchandisation des loisirs et l’injonction à la consommation ;
  • Veiller à défendre le temps libre existant et à l’augmentation de celui-ci en lien avec la réduction collective du temps de travail ;
  • Lutter contre l’inégalité d’accès et d’utilisation du temps libre ;
  • Favoriser des loisirs populaires, inclusifs et autogérés ;
  • Mettre en place des infrastructures gratuites et accessibles à tous·tes ;
  • Créer des structures pour et par les jeunes dans chaque quartier ;
  • Assurer une frontière entre vie privée et professionnelle.
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